• Comme annoncé dans notre page d’accueil, nous voulons mettre en avant les recherches faites il y a quelques années par l’association « Le Puisayen ».

    En relation avec le « thème de l’eau » développé dans l’une de nos rubriques, nous avons pensé intéressant de nous pencher sur l’article « le flottage du bois » paru dans le magazine « le Puisayen ».

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    Projet de canal de Saint-Fargeau à Rogny, étude présentée en 1929 par M. Louis Montassier

    à la Société des Sciences historiques et naturelles de l'Yonne

    Texte intégral de cette étude reproduite dans Le Puisayen n°136 de novembre 1986,

    sans ajout ni modification, sauf correction de deux fautes typographiques : longueur, mécaniques

     

    FLOTTAGE DES BOIS DE SAINT-FARGEAU A ROGNY

    ET CANAL DE SAINT-FARGEAU

           Dans une étude précédente : Saint-Fargeau et le pays de Puisaye au XVIIe siècle, j'ai dit que l'idée du flottage à bûches perdues des bois de la Puisaye avait été émise au commencement du XVIIIe siècle, par le Sieur de Masingi, intendant à Saint-Fargeau du duc de Lauzun. Les améliorations nécessaires au cours du Loing et du Bourdon, furent réalisées peu après, et le flottage put commencer en 1754. Il dura exactement cent ans, ne devant cesser qu'en 1854.

           Une société, dite du "Commerce des bois", s'était formée pour faire exécuter le flottage. Il aurait été intéressant de suivre cette société, depuis son origine jusqu'à sa disparition ; mais un auto-dafé des archives qu'elle avait laissées, nous empêche, à notre grand regret, d'en faire l'historique. J'ai appris, -toutefois, que les derniers administrateurs, à Saint-Fargeau, furent MM. Galon et Bergery.

           Dans le premier quart du XIXe siècle, ce système de flottage parut insuffisant pour assurer le transport des bois de la Puisaye, transport qui se faisait presque en totalité en direction de Paris. L'idée vint alors à quelques propriétaires du pays de faire creuser un canal qui, partant de Saint-Fargeau, aurait rejoint le canal de Briare, à Rogny ou aux environs.

           Les raisons qui militaient en faveur de ce canal étaient nombreuses et de valeur.

           Déjà au temps de Mlle de Montpensier, il avait été décidé qu'un canal serait creusé de Saint-Fargeau à Rogny. Des objections ayant été faites à ce projet par les officiers de Mlle, les intéressés (sic) au canal, répondirent :

           "Il est nécessaire, pour la perfection du canal, de communication des rivières de Loyre et de Seyne qui se fait pour l'utilité publique de tirer un canal de la rivière du Loin, à prendre un peu en-dessus du moulin Ragon (7) qui est au-dessous de Saint-Fargeau, lequel canal aura dix-huit pieds de large sur quatre pieds de profond et sera conduit de niveau dans l'étendue d'environ douze lieues, lequel tant s'en faut qu'il puisse incommoder la ville de Saint-Fargeau qu'au contraire il apportera de grandes commodités dans tout le duché par la facilité qu'il donnera du transport des marchandises d'iceluy jusque à Paris et particulièrement du poisson et du bois..................................................

            "On dédommagera tous les particuliers desquels on prendrait les héritages et on fera la quantité de ponts sur iceluy canal suffisante pour n'apporter aucune incommodité au public"

    (7) Moulin dont les bâtiments existent encore à un kilomètre de Saint-Fargeau.

     

            Il s'agissait, en somme, plutôt d'un canal d'alimentation que de navigation. La largeur prévue, dix-huit pieds, ne permettait pas le passage de bateaux d'un tonnage même moyen. L'idée fut, néanmoins, suivie et aboutît au creusement de la rigole de Saint-Privé.

           Au XIXe siècle, il fut de nouveau question du canal de Saint-Fargeau.

           Dès 1824, une délibération du Conseil municipal de Saint-Fargeau fit ressortir les avantages que cette ville, ainsi que Bléneau, Saint-Sauveur, Toucy retireraient de ce canal et montra la facilité des moyens de construction et d'alimentation de la nouvelle voie d'eau.

           En 1839, le Conseil général de l'Yonne donna un avis favorable à la prompte exécution des travaux.

           Les initiateurs reçurent l'avis de l'appui moral donné à leur entreprise par les propriétaires du canal de Briare.

           Un ingénieur de talent, M. Jodot, fut choisi par une commission formée, pour étudier l'utilité du canal au point de vue commercial et la possibilité de son exécution, au point de vue technique et financier.

           M. Jodot, après avoir exploré le pays, établit un projet sur les bases suivantes :

          La première section du canal, de Saint-Fargeau à Saint-Privé, devait suivre le bas du coteau sur la rive gauche du Loing, ce qui était moins nuisible aux prairies et permettait de conserver presque toutes les usines existantes sur la rivière.

           A Saint-Privé, on avait le choix entre deux tracés : un, suivant la vallée du Loing jusqu'à Rogny; un autre, utilisant la rigole de Saint-Privé jusqu'au bief du point de partage du canal de Briare.

           C'est ce dernier tracé qui fut adopté parce qu'il ne donnait lieu qu'à des terrassements restreints, ceux nécessités par l'agrandissement de la Rigole, et qu'il ne nécessitait que deux écluses sur une longueur de 17.559 mètres, tandis que par la vallée du Loing, il eût été nécessaire de faire au moins huit écluses, d'établir des chemins de halage et contre-halage et d'indemniser les propriétaires des usines qu'on était obligé de supprimer.

           La prise d'eau du nouveau canal devait être établie à Saint-Fargeau, en aval du moulin de l'Arche, dans les jardins et prés dits de la Grand'Planche, au confluent du Loing et du Bourdon. Il devait être creusé un bassin servant de port de 100X40 m. Le tracé du canal se dirigeait en ligne droite sur le moulin. La voie d'eau allait ensuite sur Saint-Privé qu'elle atteignait après un parcours de 7.514 mètres et l'établissement de huit écluses. Des ponts, dont quatre fixes et un pont-levis en face de l'usine à fer de la Forge, auraient été construits ainsi qu'une vanne de décharge à Saint-Fargeau et des maisons éclusières.

           Sur la partie du parcours empruntant le lit de la rigole, il devait y avoir deux écluses, deux ponts-levis, quinze ponts fixes, vannes de décharges et maisons éclusières.

           Il serait acquis, pour le service du canal, les étangs de Moutiers, Naiseau, Bourdon et Charmois.

           Le devis estimatif évaluait la dépense à la somme totale de 2.521.877 francs 49, se décomposant ainsi :

                Canal de Saint-Fargeau à Saint-Privé . . . . . .  987.971 99

                Travaux d'amélioration aux étangs acquis . . .   152.995 35

                Canal empruntant la rigole de Saint-Privé . . .   831.101 28

                Acquisition de la rigole et des étangs . . . . . . .  549.808 87

                            TOTAL des dépenses . . . . . . . . . . . . .       2.524.877 49

     

           De sérieuses recherches furent faites pour évaluer la quantité des marchandises pouvant prendre la voie du canal. On en évalua le chiffre annuel à 18.338 tonnes pour les marchandises transportées au début, ce qui, d'après le tarif proposé, donnerait un produit brut de 92.000 francs, mais ces transports étaient évalués devoir s'élever un jour à 40.000 tonnes, donnant un produit d'environ 200.000 francs.

     

           Les propriétaires intéressés, le commerce, la municipalité de Saint-Fargeau, dans un rapport très documenté, firent ressortir l'importance de l'exécution du canal pour Saint-Fargeau et la région. On fit voir que le canal attirerait à lui, pour les diriger sur Paris, Orléans, Nevers, les produits dans un rayon de neuf lieues de Saint-Fargeau (ce qui me paraît un peu exagéré) et provenant de Lavau, Arquian, de Treigny, Saint-Sauveur, Toucy, Villiers-Saint-Benoît, Mézilles, Tannerre, etc. Ces dernières localités expédiaient, à cette époque, leurs bois de moule à l'Yonne par le ruisseau de Fouronnes, leurs charbons et charpentes à l'Yonne, directement.

           Il est certain que l'établissement du canal aurait donné le moyen de conduire, à Paris, les menus bois et les fagots et bourrées qui étaient, à l'époque, sans aucune valeur à cause des frais de transport ; en outre, les écorces, planches, échalas, merrains pourraient être fabriqués en beaucoup plus grande quantité. Il était également à prévoir que des scieries mécaniques, des chantiers de contruction de bateaux pourraient s'établir à Saint-Fargeau où il se trouvait en abondance une matière première de qualité excellente ; il existait déjà dans la ville, de petites industries : deux clouteries, trois tanneries, trois moulins à tan, deux moulins à farine, une teinturerie, des métiers pour le tissage et le foulage des serges, toutes industries susceptibles de prendre de l'extension.

           Les difficultés se présentèrent, et grandes, quand on aborda la partie financière du projet.

           On ne put dissimuler que, pendant les premières années, au moins, les produits du canal ne seraient pas suffisants pour servir l'intérêt légal de 5 % à la totalité de la mise de fonds. On émit timidement le vœu que les propriétaires intéressés pussent s'entendre pour assurer aux capitalistes non seulement sûreté pour leurs avances, mais aussi pour l'intérêt.

           Ce fut là la pierre d'achoppement du projet. Les propriétaires, timorés et méfiants, en bons Français qu'ils étaient, firent la sourde oreille aux propositions qui leur furent faites. Le gouvernement ne prêta pas non plus le concours sur lequel on avait compté et le combat cessa faute de combattants. Il faut encore ajouter comme une cause probable de l'échec du projet, le fait que la construction des chemins de fer était déjà amorcée en France, ce qui a pu faire craindre que le rail n'arrivât à tuer complètement les transports par eau.

           Le dossier de l'affaire fut remis à Me Jacquemier, notaire à Saint-Fargeau ; il passa ensuite aux archives du château de Saint-Fargeau, dont le propriétaire, M. Le marquis de Boisgelin, pair de France, avait été un des plus ardents partisans de l'œuvre projetée.

     

    OUVRAGES CONSULTÉS POUR CES DEUX ÉTUDES

           Lére-Gigun, ingénieur des Ponts et Chaussées. Cosnier et les origines du canal de Briare

           Archives du Château et de la Ville de Saint-Fargeau.

           Jodot, ingénieur civil. Rapport lithographié.

           Rapport manuscrit très documenté (anonyme).

           Statistique de la navigation des canaux de Briare et du Loing, établie par M. Mabilleau, ingénieur en chef des Travaux publics à Nevers.

     

    Yves Rousselet

     - Ces archives sont la propriété de l'association "Le Puisayen" elles ne doivent pas être reproduites sans autorisation -

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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