• Texte publié par André Bourgeois dans les années 60

     

     

    Transformation des fiefs de la Puisaye, du 16e au 18e siècle

    Par André Bourgeois

    Saint-Fargeau

     

    La Châtellenie de Saint-Fargeau, qui ne faisait qu‘un avec celle de Toucy (familles des Ythiers, des Bar) jusqu’au xve siècle, ne prit son importance réelle et son autonomie véritable que sous les maisons de Chabannes et de Bourbon.  Comme toute seigneurie importante, elle avait ses baillis, ses prévôts dans toutes les seigneuries vassales: Mézilles, Lavau, Septfonds et même Blandy (1).  Elle possédait ses  hautes, moyennes et basses justices à Saint-Fargeau, à la Motte-Levault (près de Saint-Privé) et autres lieux, ses gruyers (2), son église collégiale, une maladrerie (3), un hôpital, deux ou trois couvents. Elle eut, plus tard, un subdélégué à l’intendance, un grenier à sel , des échevins.

     

    Une vaste administration féodale parfaitement équilibrée englobait alors tout le pays dans le respect rigide des coutumes d’alors.  Pourtant la multiplication en son sein de petits fiefs, d’arrière fiefs  et de fiefs en l’air (4), la création continuelle de tènements  et de mazures  (5) dès la fin du xve siècle, tout cela compliquait et accroissait les charges: on ne savait plus, souvent, quel en  était le bénéficiaire coutumier.

     

    Quelles étaient donc les causes de ces profonds changements? Les guerres, les dépenses qui avaient appauvri les  nobles, la constitution d’armées permanentes … et la vive aspiration des bourgeois des villes, devenus riches, à se parer d’un titre nobiliaire!...

     

    Jacques Coeur, le très important  mais aussi très passager seigneur de Saint-Fargeau et autres lieux en 1453, n’était lui-même qu’un roturier, malgré ses biens immenses; il est un grand exemple de l’abandon  des traditions premières de la féodalité. Dès le xve siècle, bourgeois, marchands, légistes, avaient culbuté les traditions séculaires; les nobles acculés à de grands besoins d’argent, leur avaient vendu terres et châteaux;  ventes d’abord contestées par certains conservateurs des pures règles féodales, puis légitimées par l’ordonnance de Blois, en 1560.

     

    Déjà à l’avènement de la maison de Chabannes, en somme, la terre de Puisaye était morcelée en une infinité de petits fiefs, eux-mêmes divisés en circonscriptions assignées souvent en remerciements pour services rendus à des hommes de guerre ou à de bons laboureurs. Ceux-ci recevaient la terre, la défrichaient à condition de faire acte de vassalité par le cens (6) , par une rente et avec promesse d’y construire. La coutume du  Nivernais appelait ses inféodations des baux à bordelage, d’origine très ancienne (Xlle ou Xllle siècle). Ces premiers tenanciers, réduits à la pire des misères durant la guerre de Cent Ans disparurent.

     

    Le calme un peu revenu, les seigneurs qui vivaient de tous ces cens et rentes payés par leurs vassaux, firent appel à de nouveaux tenanciers. La terre poyaudine fut remise en culture par ces derniers, qui, favorisés, aidés par Jean de Chabannes et par Nicolas d’Anjou, s’implantèrent et donnèrent leur nom aux lieux qu’ils habitaient et qu’ils cultivaient. Les registres appelés terriers (7), qui contenaient la description de tous ces mini-fiefs, ainsi que tous droits, dîmes, corvées et coutumes s’y rattachant, ont donné l’explication de beaucoup de lieux-dits.  Je n’en mentionnerai qu’une quinzaine portant le nom de ceux qui les habitaient à cette époque :

     

    • Les Dalibeaux: Pierre Dalibeau , en 1454
    • Le Petit-Montargis: Pierre Montargis, de 1454 à 1501
    • Les Pautrats: Jehan Pautrat, en 1540
    • Le Buisson et la Cour-Buisson: Claude Buisson et sa famille de 1539 à 1671
    • La Métaierie Archambault : Martin Archambault, en 1460
    • Les Midoux: Etienne Midoux, en 1675
    • Les Satillats: Jean Satillat, en 1545
    • Les Prévôts: Germain Prévôt, en 1560
    • Les Briquets: Edmée Briquet, en 1574
    • Les Naullets: Jean Naullet, en 1499
    • Les Morillons: Etienne Morillon, en 1528
    • Les Goûts: Etienne et Pasque Goût, en 1506
    • Le Moulin Ragon: famille de marchands de bois, en 1694
    • Les Berthes: Geoffroy Berthe, en 1540

     

    Les guerres de religion (1560 à 1598) amenèrent à nouveau la misère, celles de la Ligue, néfastes en notre région, accablèrent les tenanciers et mazuriers qui, mourant de faim, vendirent parfois à vil prix la terre qu’ils avaient pu acquérir en un meilleur moment. De nombreux petits fiefs furent cédés à d’autres roturiers (commerçants enrichis, bourgeois habiles). Quant aux communautés, apparamment autonomes au point de vue administratif, elles étaient à la fois soumises à l’intendance et au seigneur, d’où une lutte constante entre les échevins et les officiers du comté. durant tout le XVllle siècle, à Saint-Fargeau (registre des délibérations   des échevins, 1760 à 1775). On incriminait les hommes, c’était le système qui était revenu de plus en plus mauvais par la multiplication  des vassalités, des dépendances, toutes causes des querelles et des incertitudes.

     

    La Révolution de 1789 trouva, dans notre région, un fouillis de mouvances, un enchevètrement de fiefs dominants ou servants. Le seigneur d’un fief dominant pouvait se trouver vassal d’un fief servant, à cause d’héritages ou d’achats ultérieurs.

     

    Confusion telle que dans un acte de 1642, une venderesse de Mézilles déclare ne pas savoir à qui sont dus les droits seigneuriaux. Procès interminable du chapitre de Saint-Fargeau contre le seigneur de la Motte-Levault (Saint-Privé) au sujet du terrage des Landiers, procès qui dura  de 1708  à 1720…

     

    La Constituante, dans la nuit du 4 août 1789, puis en 1791, la Législative en 1792, devaient réduire à néant ces restes de l’âge féodal par la mise en vente des biens nationaux et par de nouveaux actes législatifs. 

      

     

    (1) Ce hameau de la commune de Saint-Martin-des-Champs semble avoir été le siège d’un fief important.

    (2) Officiers qui s’occupaient de faire respecter les prérogatives du seigneur sur les bois.

    (3)Dans un vaste terrain, au sommet de la rue de Bourgogne, à droite avant la ferme des Pautrats, la chapelle Saint-Lazare ou des Lépreux, a été transformée en logis; on y remarque encore l’abside et la place des fenêtres originales.

    (4) Fiefs en l’air: petits fiefs sans manoir, sans habitation principale.

    (5) Habitations environnées de terres cultivées par le tenancier ou le mazurier.

    (6)Redevances payées par les roturiers à leur seigneur.

     (7)Ces terriers furent, hélas, brûlés en grande solennité à Saint-Fargeau, à la porte Saint-Martin, le 27 brumaire, an II (archives communales). Que de choses intéressantes nous auraient-ils apprises!

     

    Sources:

    “Les fiefs de Puisaye” (Ch. Blanché)

    “La Puisaye”  ( Challe)

    “Recherches sur Saint-Fargeau-Toucy”  (Docteur de Smyttere)

     

     

     

     

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