• Les Dames de la rue des Lions vers 1900

     

     

    Les Dames de la Rue des Lions

    Vers 1900

    Analyse d’une photo par Brigitte Demay de Goustine  ( novembre 2017) 

     

          L'association « Histoire et Patrimoine » à travers ses différentes expositions s'est attachée à faire revivre Saint Fargeau autrefois. Grâce à ses membres collectionneurs et à tous ceux qui ont d'une exposition à l'autre, contribué à enrichir ses archives, elle possède des trésors de photos et de cartes postales.  Parmi les centaines d'images que j'ai pu découvrir, moi qui ne suis pas d'ici, l'une d'elles m'a soudain fait rêver :

          Regardez ces trois photos comme elles sont belles et  émouvantes ; animées qu'elles sont par tous ces passants habillés comme pour un mariage ou toute autre cérémonie !

          Si on commence par observer la photo , en plan large, on peut compter dix personnages (En réalité il y en a onze ! Mais ce onzième là,  n'est pas encore visible...)

    Les Dames de la rue des Lions vers 1900

          Au premier plan, une dame toute de noir vêtue sous son ombrelle, fine et souple comme une liane tient un enfant endimanché, par la main. Est ce un petit garçon ? Pourquoi pas ? Au début du XX° siècle, les petits garçons portaient robes et longues boucles « anglaises ». Mais on peut opter quand même pour une petite fille à cause du chapeau à ruban.

          Juste devant cette élégante qui protège la pâleur de son teint, trois hommes  tournent le dos. Eux aussi sont bien habillés. Costumes noirs et  chapeaux de feutre, ronds. Ils viennent de franchir la rue Jacques Cœur.  Ne se dirigeraient-ils pas par hasard vers le café d'Alphonse Renault,  devenu aujourd'hui  le Café du Centre, ?

          Et maintenant « zoomons »

    Les Dames de la rue des Lions vers 1900

     

     Approchons-nous de ces dames qui s'apprêtent à traverser la rue des Lions.  Devant l'épicerie « Doin-Liron » (la pâtisserie Fléchais) et son jeune voisin Machavoine, photographe imprimeur, deux chiens et quatre  poules en liberté, vaquent indifférents aux humains qui circulent sous un soleil de plomb. Spectacle bien exotique à nos yeux d'aujourd'hui ! Les trois élégantes sont devant la devanture du coiffeur Voirin devenue depuis peu la friterie du « Ch'ti Gourmand » ex salon de coiffure, « un Temps pour Soi »

          « Zoomons » encore.

    Les Dames de la rue des Lions vers 1900

     Regardez ! Chapeaux monumentaux à rubans, robes et jupes noires avec bouillonnés et dentelles fines ; chatoiement des tenues claires ; peut-être faites de soie…

          C'est ici que le onzième acteur de la scène se dévoile ! Il est assis dans l'ombre, sur le pas de sa boutique, les coudes sur les genoux, à regarder la rue. Est-ce bien Maurice Voirin? Au recensement de 1911 il n'avait que 19 ans. Qui est-ce alors ? Et puis, à quoi correspondent tous ces objets qui s'empilent derrière la vitrine ? Impossible de deviner !

        Il reste enfin à décrire cette personne au fond de la scène. Vêtue tout en noir avec une coiffe sur la tête et non un chapeau. Elle ne semble pas être avec les autres dames. Mais elle aussi est fort bien habillée. Elle semble porter une crinoline (panier glissé sous la jupe) qui disparait avant 1900 me semble t-il. D'un pas déterminé, cette dame hors de mode, se dirige vers la boutique du marchand d'étoffes Jean Pandevant ; à moins que déjà  son gendre et sa fille Frottier-Pendevant, lui aient succédé ?  C'est la BNP aujourd'hui

     

          Pourquoi tant d’élégance ce jour-là, dans cette rue des Lions, par un jour d’été (soleil, ombrelles, tenues légères) ? En quelle année sommes-nous ?

          Hélas, on ne saura jamais quel événement a pu motiver le port de toutes ces toilettes. Mais il est clair que les habits de tous les jours ne ressemblent pas à ceux là. Il n'est pour s'en convaincre qu'à  regarder les innombrables et magnifiques photos prises sur le vif dans ces années là, par le très talentueux Machavoine déjà cité, photographe de Saint Fargeau. Il a tenu boutique entre 1901 et 1953

      Cette photo , nous donne un exemple des tenues de tous les jours:

    Les Dames de la rue des Lions vers 1900

     

          Du moins pour la datation, me suis-je amusée à consulter la mode entre 1890 et 1914 pour situer l'époque de cette scène.

          Les chapeaux sont clairement des années 1900-1910

          Les quatre femmes prêtes à traverser, portent des « tournures » à leurs jupes (sorte de tablier arrière froncé qui donne du gonflé). Celle de gauche soulève la sienne pour ne pas la salir dans le caniveau. Cette pièce de vêtement est aussi typique des années 1900-1910. En 1914, on est en  toujours robes longues, mais elles sont plus droites, taille effacée.

         

     Comme on aimerait pouvoir nommer tous ces gens ! Les reconnaître, comme vous qui habitez  Saint Fargeau de longue date, vous êtes reconnus en riant, bien plus tard, sur les photos de classe lors de l'exposition «Toute une histoire d'école » en 2015!

    Hélas qui pourra nous éclairer ? Un siècle a passé. Mais peut-être après tout, cet anonymat mystérieux contribue t-il d'autant plus à la  poésie de ces précieux témoignages d'un temps révolu...

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • Commentaires

    1
    Annie T
    Lundi 16 Avril 2018 à 20:43

    Merveilleux reportage. Merci Brigitte pour cette belle analyse.

    2
    Noemi
    Dimanche 13 Mai 2018 à 21:10
    Bravo pour cette jolie très jolie histoire j’adooooooore !
    Encore !
    3
    Annick Elouard
    Lundi 14 Mai 2018 à 10:52

    Bravo pour cette très belle reconstitution de la vie Fargeaulaise du début du XXème siècle, j'aime beaucoup.

    La rue de Bourgogne était bien plus animée qu'aujourd'hui, je j'habite depuis 8 ans.

    Merci beaucoup à Brigitte pour son talent de narratrice.



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